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Conquête spatiale: L’Europe doit-elle aller aux rattrapages ?


Où sommes-nous vraiment dans la course vers les étoiles ? Que ce soit le NewSpace, les constellations de satellites ou l’avènement imminent du SpaceX européen, nous expliquons, dans cet article, pourquoi vos rêves d'exploration s'apprêtent à devenir réalité.

L’enjeu des constellations de satellites



1 pour la navigation, 1 pour l’observation de la Terre et 4 pour les télécommunications : voici le nombre de constellations de satellites opérationnelles appartenant aux US dans les trois domaines d’application. Cela fait d’eux la première puissance mondiale spatiale juste devant l’Europe.

Les Européens comptent seulement deux constellations opérationnelles (Galileo et Copernicus) qui s’associent respectivement aux deux premiers domaines d’utilisation. Mais cette année, à Toulouse, connaissant les actuelles crises environnementale et politique, l’Union européenne a confirmé son choix d’avoir sa propre maîtrise de l’espace et d’introduire une nouvelle constellation destinée à la troisième catégorie manquante, les télécommunications.

Le grand réveil des Start-Ups spatiales en France


L’Histoire spatiale s’écrit…

2020 : Anywaves, qui ambitionne de devenir leader des antennes miniatures pour les constellations de satellites, reçoit le prix de Start-Up de l’année. Ses travaux se portent principalement sur des antennes dont la taille ne dépasse pas celle de la paume d’une main (à gauche de l’image ci-dessous).

ENVOL Junior-Études dans les locaux d'Anywaves

Pour 2023 : Exotrail confirme que le SpaceVan, son transporteur spatial de satellites, sera embarqué dans un lanceur de SpaceX pour devenir opérationnel cette même année. La start-up poursuit également le développement de son logiciel ExoOPS pour automatiser les opérations sur les constellations de satellites.

ENVOL Junior-Études dans les locaux d’Exotrail

Que ce soit derrière ou devant nous, il est indéniable que, sur le modèle de SpaceX, le secteur privé du spatial français connaît une nette montée en puissance. Cette révolution engendre la création d’une nouvelle branche du spatial : le NewSpace. Cette nouvelle façon d’appréhender ce secteur est née de start-ups travaillant au développement d'un accès low-cost et public à l'exploration spatiale. Depuis, près d’une start-up par semaine est créée dans ce secteur en France. Cette tendance devrait s’accentuer dans les prochaines années étant donné le revirement politique actuel orchestré par Bruno Le Maire, le ministre de l’?conomie et des Finances, concernant les programmes spatiaux. Pour rattraper son retard industriel, la France souhaite par exemple soutenir davantage les start-ups du domaine des télécommunications au détriment du CNES qui a récemment proposé la mission Taranis pour étudier les phénomènes énergétiques associés aux orages.

Cette décision a engendré la naissance d’une vague de protestations au sein du CNES. En avril 2022, 600 employés se sont mis en grève pour protester contre un manque d’ambition du gouvernement et un secteur privé qui prend trop de place. Le CNES, c’est notamment une participation au développement des fusées Ariane dont la 6ème s’affirme encore être une option incontournable dans les prochaines années.

Envol Junior-Études dans les locaux du CNES

Le spatial : une préoccupation politique émergente


L’Etat abandonne son état de réserve défensive sur ses grands programmes spatiaux. Au cours de sa visite chez ArianeGroup en 2021, il affirme qu’ArianeGroup restera un concurrent principal de SpaceX en investissant dans leur fusée, mais aussi en contribuant au développement d’un mini lanceur réutilisable comme le fait déjà l’entreprise d’Elon Musk.

Il a également profité de cette visite pour officialiser le plan de relance « France 2030 » où 1.5 milliard d’euros sont réservés au spatial et dont 2/3 de cette somme reviendrait aux start-ups. Derrière cette volonté de structuraliser le NewSpace en France, malgré un budget qui reste cinquante fois moindre qu’aux Etats-Unis, l’ambition affichée de Bruno Le Maire serait d’avoir un SpaceX français d’ici 2026.

J’ai rendu visite à EREMS, une entreprise avec plus de 40 ans d'expérience et d'expertise dans le développement d'équipements électroniques spatiaux. Elle interagit avec les plus grands acteurs européens du spatial (CNES, ESA, Airbus Defence and Space, Thalès Alenia Space, ArianeGroup, OHB, Safran…). L’objectif étant de se plonger dans le cœur de ce secteur d’activité afin d’en percevoir les changements qui découlent de cette nouvelle ligne directive. Je vous présente donc mon entrevue avec Monsieur Ballot, responsable du développement commercial chez EREMS.

Immersion dans le secteur spatial français


Qu’est-ce que EREMS ?

Pour accéder à ce poste clé chez EREMS, monsieur Ballot a suivi une formation en école d’ingénieur par apprentissage au Campus d’Enseignement Supérieur et de formation professionnelle (CESI), à Labège près de Toulouse. Il a donc intégré EREMS dès 2005 puis obtenu son diplôme d’ingénieur CESI en 2008. Par la suite, il est passé d’ingénieur électronique à chef de projet puis responsable des réponses aux appels d’offres et enfin responsable du business development chez EREMS. Mais entre 2005 et aujourd’hui, la PME toulousaine a également bien évolué. Créée en 1979, elle compte désormais 170 employés : c’est 43 ans d’histoire et d’expérience sur le domaine spatial qu’elle a à raconter. Son expertise s’étend à l’ensemble du développement d’équipement et de module électronique dans le domaine du spatial (conversion d’énergie, alimentation haute tension, calculateur embarqué, mémoire de masse, pilotage moteur, électronique de proximité…). C’est ce qui permet à Yohann Ballot et à son équipe d’être présent sur les différents secteurs du spatial comme les télécommunications, les nanosatellites, la microgravité, l’observation de la terre, l’exploration et ils cherchent à se positionner sur les marchés des lanceurs. Monsieur Ballot a d’ailleurs insisté sur le fait qu’EREMS n’est pas un bureau d’étude, c’est-à-dire qu’elle maîtrise l’intégralité de la chaîne de la valeur. Ses équipes passent de la conception, au développement puis la fabrication et enfin la commercialisation dont il est chargé.

Le NewSpace déterminant dans l’avenir d’EREMS :

Selon Yohann Ballot, la nouvelle constellation de satellite de télécommunications que l’Europe ambitionne de mettre en place dans les prochaines années amènera beaucoup d’opportunités et de collaboration pour EREMS. L’entreprise peut répondre à un grand nombre de besoins et cela se fait ressentir à travers leur très forte croissance dans le domaine de l’exploration scientifique et de l’observation de la Terre. En effet chaque année 20 nouveaux salariés rejoignent les rangs d’EREMS. L’émergence du NewSpace en France est bien sûr également un facteur que Yohann Ballot doit prendre en compte dans la stratégie d’évolution d’EREMS. De son point de vue, il existe de nombreuses significations au NewSpace, mais chez EREMS, il a été décidé de le définir comme étant la possibilité de s’adapter et de proposer des technologies, initialement non conçues pour le domaine du spatial, afin de favoriser l’accroissement des possibilités dans la conquête spatiale. Il est maintenant possible d’atteindre des niveaux de performances très élevés tout en baissant les coûts et en augmentant les quantités de production. Le NewSpace n’a donc pas pour objectif principal d’exploiter ou d’augmenter le nombre de touristes spatiaux, mais plutôt de favoriser les innovations techniques. Comme l’énonce Emmanuel Macron lors du dernier rassemblement européen des ministres chargés de l’espace, ce système de marchandisation de l’industrie serait incompatible avec le système de financement européen. En effet, il est difficilement concevable que l’on utilise de l’argent public pour développer des activités dédiées aux millionnaires uniquement comme l’illustre l’exemple du tourisme spatial. L’ESA (la NASA européenne) et le Centre National des Études Spatiales vont donc conserver leur ligne directive sur le sujet, à savoir développer des projets pour le bien commun (internet, météo ou surveillance de la Terre à travers l’étude des glaciers et des forêts par exemple). Enfin, il est libre aux investisseurs privés tel qu’Elon Musk aux Etats-Unis de concevoir des navettes spatiales pour faire voyager les plus riches d’entre-nous dans l’espace.

Plus d’exigences riment avec plus de contraintes :

EREMS n’a définitivement pas le profil des start-ups du spatial qui émergent par dizaine aujourd’hui en France. Néanmoins, comme on pourrait naturellement le penser, Yohann Ballot ne compte pas conserver leur avance en taille en augmentant encore les effectifs d’EREMS. Cette dernière est une PME et elle doit le rester pour le moment. EREMS est agile et capable de s’adapter rapidement au marché, ce qui est essentiel avec le NewSpace qui est en transformation perpétuelle. Ce n’est définitivement pas l’essence d’EREMS que de produire à la chaîne, elle souhaite traiter au cas par cas les offres pour les missions spatiales qui sont pour chacune unique.

En conclusion, l’interview de Monsieur Ballot met en lumière le changement de notre rapport au domaine spatial. Ce dernier attire de plus en plus les investisseurs privés à l’image du marché aux États-Unis dès le début des années 2000, avec la création de SpaceX. Cette évolution est aussi accélérée par l’augmentation des financements de l’Etat et de l’Europe, qui jugent le nouveau modèle économique initié notamment par SpaceX convaincant et performant. Cela n’implique pas que l’ESA ou le CNES disparaîtront derrière l’hypothétique SpaceX européen invoqué par Bruno Le Maire d’ici quelques années. Certes, le NewSpace implique une adaptabilité très contraignante pour ces grands organismes nationaux et européens à très grande inertie, mais rappelons qu’Anywaves et Exotrail ont toutes les deux été incubées respectivement par l’ESA et par l’École Polytechnique de Paris tandis que les principaux clients d’EREMS sont encore l’ESA et le CNES. L’idéal de la recherche spatiale reste donc toujours intact et elle profitera encore à l’amélioration du quotidien des huit milliards d’être humains que nous sommes aujourd’hui.

Sources :
[1] https://www.entreprises.gouv.fr/fr/actualites/industrie/filieres/france-2030-grands-axes-de-la-strategie-spatiale-devoiles
[2] https://www.ladepeche.fr/2021/10/11/plan-france-2030-spatial-aeronautique-start-up-ce-que-macron-devrait-annoncer-mardi-9844548.php


Antonin Gossin, Chargé de Développement commercial
Spécialisé dans l’étude des télécommunications

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